Dans un précédent article nous nous étions intéressés au parcours du diamant de la mine au bijou.

Comme vous le savez sans doute si vous suivez notre blog, le diamant est une pierre à part. Son parcours, son extraction et même sa commercialisation sont très différents de toutes les autres pierres.

Contrairement aux diamants, les pierres de couleur sont la plupart du temps extraites par des mineurs indépendants, des petits exploitants miniers, qui travaillent dans des lieux isolés.

Mineur au Sri Lanka ©Mon Coach Bijoux

Du Sri Lanka à Madagascar, en passant par la Bolivie, l’extraction s’effectue à la pioche et la pelle, rarement avec des équipements lourds.

Le marché des pierres de couleurs n’est pas ou peu réglementé.

Il fluctue en fonction des modes, de l’offre et de la demande, des traitements disponibles, de la disponibilité des gemmes ou même des aléas climatiques et politiques sur les lieux d’extraction.

Ce qui ne veut pas dire que le marché est exempt de règles, il existe une multitude de codes et de règles empiriques.

Nous avons choisi aujourd’hui d’imaginer pour nos lecteurs l’itinéraire d’une pierre :

Un rubis, de son extraction de la John Saul mine dans le parc de Tsavo Est au Kenya, jusqu’à Sydney en Australie.

Cabochons de rubis ©Mon Coach Bijoux

Première classe ou voyage en soute ?

Le destin de deux rubis parfois issu de la même mine peut être radicalement différent.

Une Star « sang de pigeon » ( la couleur la plus recherchée et la plus chère) d’une belle taille et un petit rubis translucide de couleur rose n’auront pas du tout le même destin.

La star des stars : le rubis Birman couleur « sang de pigeon ».

Bague Cartier ©Sotheby’s

Alors que l’on trouve des  rubis à partir de 13$ le carat, un rubis pur et de la bonne couleur peut attendre des prix vertigineux. Il s’est vendu en 2015 chez  Sotheby’s  une bague Cartier ornée d’un rubis de 25,59 carats pour 25 millions d’Euros (photo ci-dessus).

Une telle gemme et un rubis de moindre qualité ne seront pas traités avec la même révérence.

Loin du tapis rouge nous avons imaginé le parcours d’un petit rubis Africain de qualité moyenne.

Son voyage commence en Afrique dans la John Saul mine.

Même si elle ne rivalise pas avec les mines de diamant, la John Saul Mine est une des rares mines mécanisée d’Afrique de l’Est.

Elle se trouve au sud du Kenya dans le parc national de Tsavo, à une quarantaine de kilomètre du Kilimandjaro.

De grosses quantités de corindon sont extraits de la mine (5 tonnes pour l’année 1998). Mais seul 4% de la production sont des pierres gemmes, et 1% pourront être taillées à facettes.

Le rubis auquel nous nous intéressons fait partie d’un lot de qualité « mixte » de plusieurs centaines de kilo.

Il sera expédié en Europe par bateau, pour être réparti entre différents acheteurs.

Notre rubis fera partie d’un lot de 100 kilos acheté par un marchand Européen. Après avoir été triées et conditionnées dans des boites, les pierres repartiront par avion direction Chanthaburi en Thailande.

Chanthaburi

Chantaburi est historiquement une plaque tournante du négoce des pierres de couleur, célèbre pour son marché aux pierres qui se tient tous les week-ends, beaucoup de pierres brutes y sont également négociées.

Nous retrouvons donc notre rubis dans un entrepôt dans la banlieue de Chanthaburi.

Il a été sorti des boites en plastique dans laquelle il a voyagé et a été mélangé à nouveau dans quatre sacs de toile plastifiée de 25 kilos.

Les négociations pour ce lot de 100 kilos dureront une dizaine de jours.

Au départ le client potentiel examinera les pierres et fera savoir au broker qu’il est intéressé. Il scellera lui-même les sacs en entourant l’extrémité du sac avec un large adhésif un peu à la manière dont on ferme un sac poubelle, puis signera sur l’adhésif à l’aide d’un feutre indélébile.
Pas très glamour, ce scellé est néanmoins redoutablement efficace.

Dès lors seul le client pourra décider de mettre fin aux négociations si il décide de ne pas les poursuivre, donnant la possibilité au vendeur de briser les scellés.

Sacs de Rubis brut chez un broker de Chanthaburi ©Mon Coach Bijoux

Une fois le prix accepté les sacs seront alors acheminés vers leur nouvelle destination. Souvent pour ne pas attirer l’attention ils resteront dans leur vulgaire sacs de riz ou de gravât.

Les pierres de qualité gemmes seront revendues à l’unité. Les pierres de qualité cabochon seront revendues à une petite usine de fabrication à Jaipur.

Avant de quitter la Thailande les pierres de qualité inférieures seront traitées.

Pour en savoir plus sur les traitements, lisez notre article sur le sujet.

Jaipur

Le lot sera alors trié et reconditionné selon la taille et la qualité des pierres.

Une fois monté sur un bijou en argent il sera vendu à un importateur Européen, qui à son tour le revendra à un grossiste ayant une boutique rue du Temple à Paris.

Le rubis (maintenant monté sur un bijou) après un séjour chez un transitaire qui se chargera des formalités douanières, sera alors vendu à un détaillant Parisien.

Le détaillant d’un quartier touristique de paris vendra le bijou à un touriste Australien de passage qui le ramènera dans ses valises à Sydney.

De la mine au consommateur final notre rubis aura parcouru plus de 40 000  kilomètres soit : la circonférence de la terre

Le conseil du coach : On peut regretter le bilan carbone de notre rubis (qui reste bien en deçà de celui d’une paire de basket) et s’interroger sur le manque de cadre du marché des pierres de couleur. Mais quand vous choisissez d’acheter un bijou avec une pierre naturelle sachez qu’il a permit à un très grand nombre d’intermédiaires de gagner leur vie, au lieu de concentrer les profits autour de quelques intervenants.

Bibliographie

  • J.Phillipson, P.Eng. An examination and evaluation of the John Saul Ruby Mine, Rapport interne Rockland Ltd., 1999, 200 pages.
  • Cédric Simonet, Thèse de doctorat : »Géologie des gisements de saphir et de rubis. L’exemple de la John Saul Ruby Mine, Mangare, Kenya », Janvier 2000
  •  Richard W. HughesRuby and Sapphire, RWH Publishing, 1997 – 511 pages